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Is the “Battery of the Northeast” being short-circuited?

As early as 2020, Premier François Legault described Québec as the “green battery of Northeastern America”, referring to Hydro-Québec’s large reservoirs.

It is a powerful image. And for a long time, it was an accurate one.

It captured a simple reality: Hydro Québec could store energy, wait for the right moments, and sell when prices rose.

But that image belongs to a world in which flexibility was scarce.

That world is changing.

With batteries being deployed rapidly across the U.S. grid, one question now arises:

What if that battery were being short-circuited?

Not electrically. Economically.

(LinkedIn: https://www.linkedin.com/pulse/battery-northeast-being-short-circuited-benoit-marcoux-8slae)

The real model, in 2025

To understand the risk, we need to start with the numbers.

In 2025, Hydro-Québec:

  • exported 11.8 TWh at 14.5¢/kWh, or about C$1.7 billion in revenue;
  • imported 15.2 TWh at 7.6¢/kWh, or about C$1.15 billion in costs.

So it imported more than it exported.

And yet, it still made money.

On the order of C$500 million to C$600 million on those transactions.

That is the central point.

Hydro-Québec does not make its money by exporting a lot. It makes its money by exporting at the right time.

What that means

Hydro-Québec is not just an exporter.

It is an arbitrage player.

Its model is simple:

  • buy when prices are low;
  • sell when prices are high;
  • capture the spread.

That is where the profit comes from.

Not from volume. From timing.

What batteries change

A recent Canary Media article on New England shows that battery deployment has entered a new phase: projects in the hundreds of megawatts are now moving ahead, with 175 MW and 250 MW facilities already online, and a 700 MWproject in development.

This is no longer marginal. These are system-shaping assets.

Most importantly, these batteries target exactly the same value Hydro-Québec has been capturing:

  • they charge when prices are low;
  • they sell when prices are high;
  • they operate during peak hours, when the value is highest.

In other words, they do not complement Hydro-Québec’s model. They compete with it directly.

Their business model also relies on market arbitrage, supported by public policy and by a favourable environment of high prices and growing demand.

These batteries do exactly what Hydro-Québec does, but locally, in the Northeast states.

The core of the model is under attack

Let us restate the equation:

profit ? (exports × high price) ? (imports × low price)

If batteries:

  • reduce peaks;
  • raise off-peak prices;
  • compress spreads;

then they directly reduce profit.

What they short-circuit is not hydropower itself.

It is the price spread that made the model so valuable.

Hydro-Québec is not being replaced

Still, we should avoid the wrong conclusion.

Batteries do not replace reservoirs.

They are excellent over a few hours. Much less so over several days. Even less so across seasons.

Hydro-Québec therefore retains an essential role.

But that role is changing.

Less:

  • daily arbitrage;
  • frequent and predictable revenue.

More:

  • value during rare events;
  • long-term value tied to duration.

Conclusion

The “Battery of the Northeast” remains a useful image.

But it describes the source of value less and less well.

Batteries are not replacing Hydro-Québec. They are redefining the part of its model that used to generate returns most easily.

The challenge facing Hydro-Québec CEO Claudine Bouchard, ASC is enormous. She must lead the largest buildout in Hydro-Québec’s history at the very moment when the value once captured by the “Battery of the Northeast” is beginning to migrate toward batteries deployed locally, closer to the markets.

The shock is not physical. It is economic.

And it has already begun.

References
https://www.canarymedia.com/articles/batteries/big-grid-batteries-new-england
https://www.hydroquebec.com/data/documents-donnees/pdf/hq-rapport-annuel-2025-anglais.pdf

La « batterie du Nord-Est »… en train d’être court-circuitée?

Dès 2020, le premier ministre François Legault a décrit le Québec comme la «?batterie verte du Nord-Est de l’Amérique?», en référence aux grands réservoirs d’Hydro-Québec.

L’image est forte. Et elle a longtemps été juste.

Elle décrivait bien une réalité simple : Hydro Québec pouvait stocker de l’énergie, attendre les bons moments, puis vendre lorsque les prix montaient.

Mais cette image appartient à un monde où la flexibilité était rare.

Ce monde change.

Avec l’arrivée rapide des batteries sur le réseau étatsunien, une question se pose :

Et si cette batterie était en train d’être court-circuitée??

Pas électriquement. Économiquement.

(LinkedIn : https://www.linkedin.com/pulse/la-batterie-du-nord-est-en-train-d%25C3%25AAtre-benoit-marcoux-hct2e)

Le modèle réel, en 2025

Pour comprendre le risque, il faut partir des chiffres.

En 2025, Hydro-Québec :

  • exporte 11,8 TWh à 14,5 ¢/kWh, soit environ 1,7 G$ de revenus?;
  • importe 15,2 TWh à 7,6 ¢/kWh, soit environ 1,15 G$ de coûts.

Donc, elle importe plus qu’elle n’exporte.

Et pourtant, elle fait de l’argent.

De l’ordre de 500 à 600 M$ sur ces transactions.

C’est le point central.

Hydro-Québec ne fait pas son argent en exportant beaucoup. Elle le fait en exportant au bon moment.

Ce que ça veut dire

Hydro-Québec n’est pas qu’un exportateur.

C’est un arbitragiste.

Son modèle est simple :

  • acheter quand les prix sont bas?;
  • vendre quand ils sont élevés?;
  • capter l’écart.

Le profit vient de là.

Pas du volume. Du moment.

Ce que les batteries changent

Un article récent de Canary Media sur la Nouvelle-Angleterre montre que le déploiement des batteries est entré dans une nouvelle phase : des projets de centaines de MW se succèdent, avec des installations de 175 MW et 250 MW déjà en service, et un projet de 700 MW en développement.

Ce n’est plus marginal. Ce sont des actifs structurants du système.

Et surtout, ces batteries visent exactement la même valeur que celle captée par Hydro-Québec :

  • elles chargent quand les prix sont bas?;
  • elles vendent quand les prix sont élevés?;
  • elles interviennent pendant les heures de pointe, quand la valeur est maximale.

Autrement dit, elles ne complètent pas le modèle d’Hydro-Québec. Elles le concurrencent directement.

Leur modèle économique repose lui aussi sur l’arbitrage de marché, soutenu par des politiques publiques et par un contexte favorable de prix élevés et de forte demande.

Ces batteries font exactement ce que fait Hydro-Québec, mais localement, dans les états du Nord-Est.

Le cœur du modèle est attaqué

Reprenons l’équation :

profit ? (export × prix élevé) ? (import × prix bas).

Si les batteries :

  • réduisent les pointes?;
  • relèvent les prix hors pointe?;
  • compressent les écarts?;

alors elles réduisent directement le profit.

Ce qu’elles court-circuitent, ce n’est pas l’hydroélectricité.

C’est l’écart de prix qui faisait la valeur du modèle.

Hydro-Québec n’est pas remplacée

Il faut toutefois éviter le contresens.

Les batteries ne remplacent pas les réservoirs.

Elles excellent sur quelques heures. Beaucoup moins sur plusieurs jours. Encore moins sur des saisons.

Hydro-Québec garde donc un rôle essentiel.

Mais ce rôle change.

Moins :

  • d’arbitrage quotidien?;
  • de revenus fréquents et prévisibles.

Plus :

  • de valeur sur les événements rares?;
  • de valeur de long terme liée à la durée.

Conclusion

La «?batterie du Nord-Est?» reste une image pertinente.

Mais elle décrit de moins en moins bien la source de valeur.

Les batteries ne remplacent pas Hydro-Québec. Elles redéfinissent la partie de son modèle qui rapportait le plus facilement.

Le défi de Claudine Bouchard, ASC, PDG d’Hydro-Québec, est colossal. Elle doit piloter le plus grand chantier de l’histoire d’Hydro-Québec au moment même où la valeur que captait la «?batterie du Nord-Est?» commence à migrer vers des batteries déployées localement, au plus près des marchés.

Le choc n’est pas physique. Il est économique.

Et il a déjà commencé.

Références
https://www.canarymedia.com/articles/batteries/big-grid-batteries-new-england
https://www.hydroquebec.com/data/documents-donnees/pdf/hq-rapport-annuel-2025-francais.pdf

Comprendre Hydro-Québec, c’est comprendre le Québec

S’il y a un livre que je recommande souvent pour mieux saisir les relations entre l’État québécois et son plus important outil économique, c’est bien Hydro Québec et l’État québécois, 1944-2005 de l’historien Stéphane Savard .

Ce n’est pas un livre d’entreprise ni un pamphlet politique : c’est une œuvre rigoureuse et nuancée qui replace les grandes décisions énergétiques dans leur contexte social, économique et institutionnel. On y suit la montée d’Hydro-Québec comme symbole du Québec moderne, mais aussi les tensions — parfois productives, parfois paralysantes — entre la société d’État et le gouvernement qui la possède.

Savard met en lumière :

  • le rôle de la nationalisation dans la Révolution tranquille ;
  • les choix d’investissement dans les grands barrages du Nord ;
  • l’évolution du modèle de gouvernance et de régulation jusqu’en 2005.

Un livre essentiel, mais aujourd’hui incomplet.

L’ouvrage s’arrête en 2005, et ne couvre donc pas les changements majeurs survenus depuis, comme :

  • le virage commercial sous la présidence d’Éric Martel (2015-2020), et son objectif, depuis oublié, de doubler les revenus de l’entreprise ;
  • la réduction du rôle de la Régie de l’énergie dans la régulation du secteur ;
  • les tensions entre le gouvernement et la présidente Sophie Brochu ;
  • le repositionnement stratégique d’Hydro-Québec sous Michael Sabia, dans un contexte de transition énergétique accélérée.

Mais malgré cette limite temporelle, Hydro-Québec et l’État québécois reste une référence incontournable pour toute personne intéressée par l’histoire énergétique du Québec — ou simplement par la façon dont une société façonne ses outils collectifs.

À lire… et à compléter avec une réflexion sur les vingt dernières années.

#HydroQuébec #Histoire #Énergie #PolitiquesPubliques #Québec #TransitionÉnergétique

Comment la chaîne de valeur de l’électricité au Québec se compare au reste du monde

Dotée d’une hydroélectricité abondante, la chaîne de valeur de l’électricité du Québec s’est développée à sa façon. À titre de comparaison, la figure ci-dessous illustre les rôles communs des différents acteurs qui fournissent de l’électricité dans le monde.

En Europe, au Royaume-Uni, dans la plupart des États-Unis et en Ontario et en Alberta, des acteurs discrets remplissent chacune des cases du diagramme. Plus particulièrement, les producteurs vendent de l’électricité sur les marchés de l’énergie, achetée par des détaillants indépendants pour la revendre aux clients finaux. Les détaillants ne vendent que de l’énergie et ils ne sont pas propriétaires du réseau reliant les producteurs aux clients. Les détaillants peuvent être des entreprises privées concurrentielles ou des organismes publics sans but lucratif, selon les régions. Le flux d’électricité des producteurs aux clients est contrôlé par un opérateur de système indépendant. Les réseaux de transport et de distribution, qui sont des goulots, sont réglementés sur le prix, souvent avec des incitations à la fiabilité et aux coûts. Mais, dans l’ensemble, c’est la même chose que vous (le client) ayant un accès Internet filaire d’une société de téléphone ou de câblodistribution (c.-à-d. le réseau) pour ensuite acheter des services multimédias vendus par Netflix ou Apple (c.-à-d. les producteurs).

Au Québec, Hydro Québec est le producteur, le transporteur et le distributeur dominants. Elle a son propre opérateur de système interne et utilise des appels d’offres et des contrats gré à gré, et non un marché, pour acheter auprès de certains producteurs d’électricité indépendants. La vente au détail d’électricité est fournie avec la distribution d’électricité et il n’y a pas d’agrégateurs pour la gestion des pointes. Il y a très peu de stockage sur le réseau (autre que les vastes réservoirs) et peu de ressources énergétiques distribuées (RÉD). L’organisme de réglementation provincial n’approuve plus les dépenses du service public et les prix de l’électricité, maintenant rattachés à l’indice des prix à la consommation, jusqu’à concurrence de 3 %.

Le dégroupement de la chaîne de valeur de l’électricité du Québec, en partie ou autant qu’en Europe, ne peut se faire sans évaluer les avantages et les inconvénients de cette approche. Cependant, nous devons certainement regarder comment d’autres ont fait face à la rareté d’électricité alors que nous nous prélassions dans l’abondance. Parce que, après tout, il y aura plus de rareté que d’abondance à l’avenir.

How Québec’s Electricity Value Chain Compares to the World

Endowed with abundant hydropower, Québec’s electricity value chain developed in its own way. For comparison, the figure below illustrates the common roles of the various players delivering electricity to the world.

In Europe, the UK, most of the US and in Ontario and Alberta, discrete actors fill each of the boxes in the diagram. Most notably, producers sell electricity on energy markets, bought by independent retailers for resale to end customers. Retailers only sell energy and they do not own the grid connecting producers to customers. Retailers can either be competitive private ventures or not-for-profit public agencies, depending on regions. The flow of electricity from producers to customers is controlled by an independent system operator. The transmission and distribution grids, which are bottleneck facilities, are regulated on price, often with reliability and cost incentives. But, overall, this is the same as you (the customer) having a wired Internet access from a phone or cable company (aka the grid) and then buying media services sold by Netflix or Apple (aka producers).

In Québec, Hydro Québec is the dominant producer, transmitter, and distributor. It has its own internal system operator and uses tenders and negotiated contracts, not a market, to buy from some independent power producers. Electricity retail is bundled with electricity distribution and there are no aggregators for peak management. There is very little grid storage (other than the vast reservoirs) and few Distributed Energy Resources (DER). The provincial regulator no longer approves spending by the utility and the electricity prices, now pegged to the consumer price index, up to 3%.

Unbundling Québec’s electricity value chain, partly or as much as it is in Europe, cannot be done without assessing the pros and cons of this approach. However, we certainly need to look how others have coped with electricity scarcity while we basked in abundance. Because, after all, there will be more scarcity than abundance in the future.

The Impact of Industrial Policies on Québec’s Electricity Industry

With the energy transition, Québec is currently at a turning point reminiscent of the period following the Quiet Revolution, in the 1960s and 1970s, when successive Unionist, Liberal and PQ governments initiated the development of the Manic-Outardes project, which doubled Québec’s electricity generation capacity, and then Churchill Falls (Labrador) and James Bay, which doubled it again. Today, there is again talk of doubling by 2050. But increasing Hydro Québec’s generation capacity was not the only highlight of the 1960s and 1970s.

In the 1960s and 1970s, governments also used the construction of major hydro plants to enable French-speaking Quebecers to take control of the province’s economic development. This economic development occurred both in the secondary sector (electrical equipment manufacturing and aluminum smelters) and in the tertiary sector (large consulting engineering firms and, a little later, in information technology).

We can still hear the echoes of this decision because there are about 65,000 jobs related to the electricity industry, only a third of which are at Hydro-Québec.

Québec is now Canada’s electrical manufacturing hub: we have 36.3% of Canadian electrical manufacturing jobs, but only 22.7% of total Canadian manufacturing jobs. In other words, we have proportionally twice as many jobs in electrical equipment manufacturing as Canada outside Québec. This includes the manufacture of electrical power generation and systems, as well as appliances used by residential and commercial customers, such as heaters and advanced control systems.

Obviously, the impact of these industrial policies on the aluminum smelting industry is well known: it has experienced considerable growth, with 30,000 jobs.

And that’s not all: this period also saw the emergence of world-class Québec consulting engineering firms, some of which reached the top-10 in the world, such as SNC-Lavalin (AtkinsRéalis). Our consulting engineering firms are present throughout the value chain, from large dams to residential energy efficiency assessments.

In the 1970s, the industry’s need for control and management systems propelled the information technology sector — CGI, LGS, an IBM Company and DMR come to mind. In a way, it’s safe to say that even the artificial intelligence sector that Québec is now known for was driven by the electrification decisions made by our grandparents.