Monthly Archives: April 2026

500 MW de projets pour 300 MW visés : un test à grande échelle pour Hydro-Québec

Hydro Québec a annoncé la semaine dernière avoir reçu 60 soumissions totalisant 481 MW dans le cadre de son premier appel d’offres solaire de 300 MW.

C’est un signal important pour toute l’industrie. Mais il faut éviter deux lectures simplistes : ni minimiser l’importance de cette étape ni conclure trop vite à l’émergence d’un marché mature.

Note : Ce texte a été relu avant publication par plusieurs personnes du secteur. Leurs commentaires ont permis d’en valider la solidité et la clarté. Elles se reconnaîtront.

(LinkedIn: https://www.linkedin.com/pulse/500-mw-de-projets-pour-300-vis%25C3%25A9s-un-test-%25C3%25A0-grande-%25C3%25A9chelle-marcoux-cdule/)

Une entrée officielle du solaire dans le système

Le premier constat est institutionnel.

Le solaire photovoltaïque entre officiellement dans le système énergétique québécois comme une composante reconnue et organisée. Ce n’est plus un sujet marginal ou expérimental.

La soumission de 60 projets, répartis dans 14 régions, avec une implication significative des communautés locales et autochtones, confirme qu’un écosystème est en train d’émerger.

Mais ce signal ne doit pas être confondu avec une industrialisation.

Un marché en émergence : concurrence réelle, mais encore limitée

Les soumissions totalisent 481 MW pour un appel d’offres de 300 MW. Il y a donc concurrence, mais elle demeure modérée.

Dans les marchés matures, la sursouscription est souvent beaucoup plus élevée, portée par des développeurs capables de multiplier les projets et d’opérer à grande échelle. Ici, le marché est encore en phase de structuration.

Deux caractéristiques ressortent.

D’abord, une concentration marquée. Quelques promoteurs ont déposé de véritables portefeuilles, totalisant plusieurs dizaines de MW chacun. Natural Forces , Innergex et NUTRINOR COOPÉRATIVE se distinguent, avec des ensembles de projets qui représentent environ les deux tiers du volume visé.

Ensuite, une longue traîne de petits projets. Une majorité de soumissionnaires ne présentent qu’un ou deux projets, souvent de taille limitée. Même certains acteurs structurés, comme BluEarth Renewables , ont privilégié une approche sélective.

Le tissu local est toutefois bien présent : 13 des 17 soumissionnaires sont basés au Québec, pour 28 projets totalisant 286 MW. Plusieurs acteurs d’ailleurs au Canada ont créé des entités dédiées pour opérer dans ce contexte.

La participation autochtone est également notable, avec une proportion importante de projets impliquant des communautés locales.

Enfin, l’absence relative de grands développeurs internationaux mérite d’être notée. Des acteurs comme EDF, Iberdrola , Enel Group ou NextEra ne sont pas présents. Cela peut contribuer à expliquer le niveau de concurrence observé et semble cohérent avec certaines contraintes de l’appel d’offres — notamment la taille des projets, la structure et les exigences — moins alignées avec des modèles de déploiement à grande échelle.

En synthèse : le marché existe et répond présent, mais il n’a pas encore atteint la profondeur et le niveau d’industrialisation observés ailleurs.

Un design d’appel d’offres qui structure et contraint le marché

Le point central réside dans la manière dont Hydro-Québec a structuré cet appel d’offres.

Les projets doivent être inférieurs à 25 MW et raccordés au réseau de distribution. Ils doivent également respecter des échéances strictes et des critères rigoureux en matière de contenu local, de retombées économiques, de partenariats et de spécifications techniques.

Ce design répond à des objectifs légitimes :

  • limiter les impacts sur le réseau
  • favoriser l’acceptabilité sociale
  • maximiser les retombées au Québec

Mais il a aussi des effets structurants et contraignants.

Il impose un modèle fragmenté, limite les économies d’échelle, complexifie la réalisation des projets, restreint le transfert de connaissances en provenance de marchés plus matures et s’accompagne d’exigences techniques serrées qui tendent à augmenter les coûts.

À cela s’ajoute un biais vers des équipements préqualifiés. Hydro-Québec maintient notamment une liste d’onduleurs admissibles. S’en écarter implique des validations supplémentaires (essais, rapports de laboratoire, exigences manufacturières), ce qui augmente le fardeau technique et les délais, tout en réduisant la flexibilité technologique. En pratique, cela limite la concurrence entre fournisseurs d’équipements et peut contraindre les promoteurs à retenir des solutions plus coûteuses ou moins optimisées, avec un impact direct sur le coût des projets.

Un modèle avec information incomplète

Un élément plus subtil, mais important, concerne l’information disponible sur le réseau.

Dans le modèle actuel, les soumissionnaires avancent avec une information partielle sur la capacité du réseau. Les études détaillées d’intégration sont réalisées après le dépôt des soumissions.

À bien des égards, cela ressemble à une partie de «?Battleship?» : on choisit un point, on soumet… et on découvre après coup si l’emplacement était viable.

Ce n’est pas un hasard complet. Les promoteurs s’appuient sur un ensemble de règles et de repères empiriques pour guider leurs choix. Mais l’incertitude demeure significative.

À titre de comparaison, en Ontario, des informations sur la capacité disponible du réseau de distribution sont rendues publiques, notamment pour les lignes de moyenne tension. À l’inverse de la logique de «?Battleship?», cette transparence revient à jouer avec une carte où l’emplacement des cibles est en partie visible avant de tirer : l’incertitude diminue en amont et l’allocation des projets s’en trouve nettement améliorée.

Le coût caché : le transfert de risque

Une part importante du risque est ainsi transférée aux promoteurs :

  • obtention des permis
  • raccordement
  • respect du calendrier
  • incertitude sur l’intégration réseau

Ce choix est cohérent du point de vue d’Hydro-Québec.

Conséquence mécanique : les promoteurs intègrent ces risques dans leurs prix.

Autrement dit, en tentant de réduire le risque de la compagnie d’électricité, le système dans son ensemble augmente le coût des projets.

Un cadre de financement plus contraignant

Les questions soumises dans le cadre de l’appel d’offres sont révélatrices.

Plusieurs portent sur la structure des revenus, les clauses contractuelles ou les mécanismes de compensation.

Ce sont des signaux classiques d’un enjeu de financement.

Dans ce contexte :

  • le coût du capital augmente
  • les marges de sécurité sont plus élevées

L’incertitude sur l’intégration au réseau vient amplifier ce phénomène : en l’absence de visibilité ex ante sur la capacité et les coûts d’intégration, les promoteurs et leurs financiers doivent intégrer une prime de risque supplémentaire.

Résultat : le prix du kWh en reflète une partie.

Un processus long, révélateur des contraintes

Il faut aussi regarder le facteur temps.

Le processus s’étend sur plusieurs années :

  • préparation vraisemblablement amorcée après le Plan d’action 2035 (2023)
  • accélération à la suite du décret no 1376?2024
  • appel d’offres publié en 2025
  • soumissions déposées en 2026
  • décision attendue en 2027
  • mise en service prévue en 2029

Autrement dit, six ans entre l’impulsion initiale et la production d’électricité.

Ce délai est long en comparaison des régions où le solaire est mature, mais il reflète la réalité du cadre québécois :

  • exigences réglementaires
  • coordination réseau
  • acceptabilité sociale
  • structuration d’un marché émergent

Dans ce contexte, la lenteur relative du processus est aussi le résultat d’un choix de prudence.

Cela dit, si l’objectif de 3?000 MW de solaire d’ici 2035 est maintenu, le rythme devra s’accélérer de manière significative, notamment par des actions concrètes comme la préqualification de points de raccordement, la publication de la capacité disponible sur le réseau, la standardisation accrue des contrats, l’augmentation de la taille des appels d’offres et la simplification des processus d’autorisation.

Comparaison utile : l’Ontario

Le contraste avec l’Ontario est instructif.

En avril 2026, l’Ontario a annoncé des contrats totalisant 1?315 MW (solaire et éolien) à un coût moyen d’environ 8,8 ¢/kWh.

Plusieurs éléments ressortent :

  • des volumes beaucoup plus importants
  • une concurrence plus large
  • un écosystème déjà développé

Sans être un marché parfaitement mature, l’Ontario dispose d’une base industrielle plus avancée dont le Québec pourrait s’inspirer.

On observe ainsi deux approches : une approche prudente et fortement encadrée au Québec, et une approche plus industrialisée en Ontario, davantage axée sur la mise à l’échelle et la réduction des coûts.

Ces différences influencent directement les coûts, les délais et la capacité à passer à l’échelle.

Conclusion

Cet appel d’offres marque une étape importante.

Il permet d’introduire le solaire dans le système québécois dans un cadre structuré et prudent.

Mais il met aussi en évidence les défis à venir : coûts, délais, capacité d’exécution et structuration de l’écosystème.

Le solaire n’est pas intrinsèquement coûteux.

Mais la façon dont on choisit de l’intégrer au système peut l’être.

La prochaine étape sera déterminante : passer d’un projet pilote encadré à une véritable capacité de déploiement à grande échelle.

500 MW of projects for 300 MW targeted: a large-scale test for Hydro-Québec

Hydro Québec announced last week that it had received 60 bids totalling 481 MW for its first 300 MW solar call for tenders.

This is an important signal for the entire industry. But we must avoid two simplistic readings: neither minimizing the importance of this step nor concluding too quickly that a mature market is emerging.

Note: This text has been proofread by people in the industry before publication. Their comments validated its robustness and clarity. They may recognize themselves in this acknowledgement.

(LinkedIn: https://www.linkedin.com/pulse/500-mw-projects-300-targeted-large-scale-test-benoit-marcoux-yzgke/)

Solar formally enters the system

The first observation is institutional.

Solar photovoltaics is now formally entering Québec’s energy system as a recognized and organized component. It is no longer a marginal or experimental topic.

The submission of 60 projects, spread across 14 regions, with significant involvement from local and Indigenous communities, confirms that an ecosystem is beginning to emerge.

But this signal should not be mistaken for industrialization.

An emerging market: real competition, but still limited

The submissions total 481 MW for a 300 MW procurement. There is competition, but it remains moderate.

In mature markets, oversubscription is typically much higher, driven by developers capable of scaling and replicating projects.

Here, the market is still in a structuring phase.

Two characteristics stand out.

First, strong concentration. A few developers submitted full portfolios totalling tens of MW each. Natural Forces , Innergex and NUTRINOR COOPÉRATIVE stand out, with combined portfolios representing roughly two thirds of the targeted volume.

Second, a long tail of small projects. Most bidders submitted only one or two projects, often of limited size. Even structured players like BluEarth Renewables adopted a selective approach.

The local base is nonetheless strong: 13 of the 17 bidders are Québec-based, representing 28 projects and 286 MW. Several Canadian players created dedicated entities to operate in this context.

Indigenous participation is also notable, with a significant share of projects involving local communities.

Finally, the relative absence of large international developers is worth noting. Players such as EDF, Iberdrola , Enel Group or NextEra are not present. This may help explain the level of competition observed and appears consistent with certain features of the procurement design—particularly project size, structure, and requirements—which are less aligned with large-scale industrial deployment models.

In summary, the market exists and is responding, but it has not yet reached the depth and level of industrialization seen elsewhere.

A procurement approach that structures and constrains the market

The central issue lies in how Hydro-Québec structured this procurement.

Projects must be under 25 MW and connected to the distribution network. They must also meet strict timelines and rigorous requirements regarding local content, economic benefits, partnerships, and technical specifications.

This design serves legitimate objectives:

  • limiting impacts on the grid
  • ensuring social acceptability
  • maximizing local economic benefits

But it also has structuring and constraining effects.

It imposes a fragmented model, limits economies of scale, increases project complexity, restricts knowledge transfer from more mature markets, and introduces tight technical requirements that tend to increase costs.

In addition, there is a bias toward prequalified equipment. Hydro-Québec maintains a list of approved inverters. Deviating from this list requires additional validation (testing, lab reports, manufacturer requirements), increasing technical burden and timelines while reducing technological flexibility. In practice, this limits competition among equipment suppliers and may force developers to select more expensive or less optimized solutions, directly impacting project costs.

A model with incomplete information

A more subtle but critical issue concerns the availability of grid information.

In the current model, bidders move forward with partial information on grid capacity. Detailed integration studies are conducted only after submissions are filed.

In many ways, this resembles a game of “Battleship”: you pick a location, submit… and only later find out whether the site was viable.

This is not purely random. Developers rely on rules and empirical heuristics. But uncertainty remains significant.

By contrast, in Ontario, information on available distribution capacity—particularly on medium-voltage lines—is publicly available. Unlike the “Battleship” approach, this transparency is akin to playing with a map where target locations are partially visible before making a move: uncertainty is reduced upfront, and project allocation improves significantly.

The hidden cost: risk transfer

A significant portion of risk is transferred to developers:

  • permitting
  • interconnection
  • schedule compliance
  • grid integration uncertainty

This approach is coherent from Hydro-Québec’s perspective.

But it has a mechanical effect: developers incorporate these risks into their pricing.

To put it another way, when the utility lowers its own risk, it ultimately leads to higher overall project costs.

A more constrained financing environment

The questions submitted during the procurement process are revealing.

Many relate to revenue structure, contractual clauses, and compensation mechanisms.

These are typical indicators of financing concerns.

In this context:

  • cost of capital increases
  • risk buffers grow

Uncertainty around grid integration amplifies this effect: without ex ante visibility on capacity and integration costs, developers and lenders must incorporate an additional risk premium.

Result: part of this is reflected in the price per kWh.

A long process, reflecting structural constraints

Time is also a critical factor.

The process spans several years:

  • likely initiated after the 2035 Action Plan (2023)
  • accelerated following decree no. 1376–2024
  • procurement launched in 2025
  • bids submitted in 2026
  • decision expected in 2027
  • commissioning planned for 2029

In other words, roughly six years between initial policy direction and electricity production.

This timeline is long compared to more mature solar markets, but it reflects Québec’s institutional context:

  • regulatory requirements
  • grid coordination
  • social acceptability
  • structuring of an emerging market

In this context, the slower pace also reflects a deliberate choice for prudence.

That said, if the target of 3,000 MW of solar by 2035 is to be met, the pace will need to accelerate significantly. This will likely require concrete actions such as prequalifying interconnection points, publishing available grid capacity, standardizing contracts, increasing procurement sizes, and simplifying permitting processes.

A useful comparison: Ontario

The contrast with Ontario is instructive.

In April 2026, Ontario awarded contracts totalling 1,315 MW (solar and wind) at an average cost of approximately 8.8¢/kWh.

Several elements stand out:

  • much larger volumes
  • broader competition
  • a more developed ecosystem

While not a fully mature market, Ontario benefits from a more advanced industrial base from which Québec could draw lessons.

Two approaches emerge: a cautious and tightly structured model in Québec, and a more industrialized, scale-driven approach in Ontario focused on cost reduction.

These differences directly influence costs, timelines, and the ability to scale.

Conclusion

This procurement marks an important step.

It introduces solar into Québec’s system in a structured and cautious manner.

But it also highlights the challenges ahead: costs, timelines, execution capacity, and ecosystem development.

Solar is not inherently expensive.

But the way it is integrated into the system can be.

The next phase will be decisive: moving from a controlled pilot approach to true large-scale deployment.

Is the “Battery of the Northeast” being short-circuited?

As early as 2020, Premier François Legault described Québec as the “green battery of Northeastern America”, referring to Hydro-Québec’s large reservoirs.

It is a powerful image. And for a long time, it was an accurate one.

It captured a simple reality: Hydro Québec could store energy, wait for the right moments, and sell when prices rose.

But that image belongs to a world in which flexibility was scarce.

That world is changing.

With batteries being deployed rapidly across the U.S. grid, one question now arises:

What if that battery were being short-circuited?

Not electrically. Economically.

(LinkedIn: https://www.linkedin.com/pulse/battery-northeast-being-short-circuited-benoit-marcoux-8slae)

The real model, in 2025

To understand the risk, we need to start with the numbers.

In 2025, Hydro-Québec:

  • exported 11.8 TWh at 14.5¢/kWh, or about C$1.7 billion in revenue;
  • imported 15.2 TWh at 7.6¢/kWh, or about C$1.15 billion in costs.

So it imported more than it exported.

And yet, it still made money.

On the order of C$500 million to C$600 million on those transactions.

That is the central point.

Hydro-Québec does not make its money by exporting a lot. It makes its money by exporting at the right time.

What that means

Hydro-Québec is not just an exporter.

It is an arbitrage player.

Its model is simple:

  • buy when prices are low;
  • sell when prices are high;
  • capture the spread.

That is where the profit comes from.

Not from volume. From timing.

What batteries change

A recent Canary Media article on New England shows that battery deployment has entered a new phase: projects in the hundreds of megawatts are now moving ahead, with 175 MW and 250 MW facilities already online, and a 700 MWproject in development.

This is no longer marginal. These are system-shaping assets.

Most importantly, these batteries target exactly the same value Hydro-Québec has been capturing:

  • they charge when prices are low;
  • they sell when prices are high;
  • they operate during peak hours, when the value is highest.

In other words, they do not complement Hydro-Québec’s model. They compete with it directly.

Their business model also relies on market arbitrage, supported by public policy and by a favourable environment of high prices and growing demand.

These batteries do exactly what Hydro-Québec does, but locally, in the Northeast states.

The core of the model is under attack

Let us restate the equation:

profit ? (exports × high price) ? (imports × low price)

If batteries:

  • reduce peaks;
  • raise off-peak prices;
  • compress spreads;

then they directly reduce profit.

What they short-circuit is not hydropower itself.

It is the price spread that made the model so valuable.

Hydro-Québec is not being replaced

Still, we should avoid the wrong conclusion.

Batteries do not replace reservoirs.

They are excellent over a few hours. Much less so over several days. Even less so across seasons.

Hydro-Québec therefore retains an essential role.

But that role is changing.

Less:

  • daily arbitrage;
  • frequent and predictable revenue.

More:

  • value during rare events;
  • long-term value tied to duration.

Conclusion

The “Battery of the Northeast” remains a useful image.

But it describes the source of value less and less well.

Batteries are not replacing Hydro-Québec. They are redefining the part of its model that used to generate returns most easily.

The challenge facing Hydro-Québec CEO Claudine Bouchard, ASC is enormous. She must lead the largest buildout in Hydro-Québec’s history at the very moment when the value once captured by the “Battery of the Northeast” is beginning to migrate toward batteries deployed locally, closer to the markets.

The shock is not physical. It is economic.

And it has already begun.

References
https://www.canarymedia.com/articles/batteries/big-grid-batteries-new-england
https://www.hydroquebec.com/data/documents-donnees/pdf/hq-rapport-annuel-2025-anglais.pdf

La « batterie du Nord-Est »… en train d’être court-circuitée?

Dès 2020, le premier ministre François Legault a décrit le Québec comme la «?batterie verte du Nord-Est de l’Amérique?», en référence aux grands réservoirs d’Hydro-Québec.

L’image est forte. Et elle a longtemps été juste.

Elle décrivait bien une réalité simple : Hydro Québec pouvait stocker de l’énergie, attendre les bons moments, puis vendre lorsque les prix montaient.

Mais cette image appartient à un monde où la flexibilité était rare.

Ce monde change.

Avec l’arrivée rapide des batteries sur le réseau étatsunien, une question se pose :

Et si cette batterie était en train d’être court-circuitée??

Pas électriquement. Économiquement.

(LinkedIn : https://www.linkedin.com/pulse/la-batterie-du-nord-est-en-train-d%25C3%25AAtre-benoit-marcoux-hct2e)

Le modèle réel, en 2025

Pour comprendre le risque, il faut partir des chiffres.

En 2025, Hydro-Québec :

  • exporte 11,8 TWh à 14,5 ¢/kWh, soit environ 1,7 G$ de revenus?;
  • importe 15,2 TWh à 7,6 ¢/kWh, soit environ 1,15 G$ de coûts.

Donc, elle importe plus qu’elle n’exporte.

Et pourtant, elle fait de l’argent.

De l’ordre de 500 à 600 M$ sur ces transactions.

C’est le point central.

Hydro-Québec ne fait pas son argent en exportant beaucoup. Elle le fait en exportant au bon moment.

Ce que ça veut dire

Hydro-Québec n’est pas qu’un exportateur.

C’est un arbitragiste.

Son modèle est simple :

  • acheter quand les prix sont bas?;
  • vendre quand ils sont élevés?;
  • capter l’écart.

Le profit vient de là.

Pas du volume. Du moment.

Ce que les batteries changent

Un article récent de Canary Media sur la Nouvelle-Angleterre montre que le déploiement des batteries est entré dans une nouvelle phase : des projets de centaines de MW se succèdent, avec des installations de 175 MW et 250 MW déjà en service, et un projet de 700 MW en développement.

Ce n’est plus marginal. Ce sont des actifs structurants du système.

Et surtout, ces batteries visent exactement la même valeur que celle captée par Hydro-Québec :

  • elles chargent quand les prix sont bas?;
  • elles vendent quand les prix sont élevés?;
  • elles interviennent pendant les heures de pointe, quand la valeur est maximale.

Autrement dit, elles ne complètent pas le modèle d’Hydro-Québec. Elles le concurrencent directement.

Leur modèle économique repose lui aussi sur l’arbitrage de marché, soutenu par des politiques publiques et par un contexte favorable de prix élevés et de forte demande.

Ces batteries font exactement ce que fait Hydro-Québec, mais localement, dans les états du Nord-Est.

Le cœur du modèle est attaqué

Reprenons l’équation :

profit ? (export × prix élevé) ? (import × prix bas).

Si les batteries :

  • réduisent les pointes?;
  • relèvent les prix hors pointe?;
  • compressent les écarts?;

alors elles réduisent directement le profit.

Ce qu’elles court-circuitent, ce n’est pas l’hydroélectricité.

C’est l’écart de prix qui faisait la valeur du modèle.

Hydro-Québec n’est pas remplacée

Il faut toutefois éviter le contresens.

Les batteries ne remplacent pas les réservoirs.

Elles excellent sur quelques heures. Beaucoup moins sur plusieurs jours. Encore moins sur des saisons.

Hydro-Québec garde donc un rôle essentiel.

Mais ce rôle change.

Moins :

  • d’arbitrage quotidien?;
  • de revenus fréquents et prévisibles.

Plus :

  • de valeur sur les événements rares?;
  • de valeur de long terme liée à la durée.

Conclusion

La «?batterie du Nord-Est?» reste une image pertinente.

Mais elle décrit de moins en moins bien la source de valeur.

Les batteries ne remplacent pas Hydro-Québec. Elles redéfinissent la partie de son modèle qui rapportait le plus facilement.

Le défi de Claudine Bouchard, ASC, PDG d’Hydro-Québec, est colossal. Elle doit piloter le plus grand chantier de l’histoire d’Hydro-Québec au moment même où la valeur que captait la «?batterie du Nord-Est?» commence à migrer vers des batteries déployées localement, au plus près des marchés.

Le choc n’est pas physique. Il est économique.

Et il a déjà commencé.

Références
https://www.canarymedia.com/articles/batteries/big-grid-batteries-new-england
https://www.hydroquebec.com/data/documents-donnees/pdf/hq-rapport-annuel-2025-francais.pdf

The Hydro-Solar-Batteries Triplet: A Machine for Managing Time and Space

Energy debates often remain trapped in a simple logic: if demand rises, more generation capacity must be built, especially to meet peaks.

Energy efficiency and conservation efforts can, of course, slow the pace of new capacity additions. But they do not change the underlying issue: we still need to decide how to organize the system.

The implicit response to rising demand is, therefore, to build new power plants and the associated transmission infrastructure. In Québec, that typically points to new large hydropower projects.

This is precisely the logic that the hydro-solar-batteries triplet invites us to rethink. Its value lies not only in adding assets, but also in better managing, across time and space, the electricity the system can produce.

This article deliberately stays at the system level. It does not go into the different solar and battery segments, whether residential, commercial, industrial, or utility scale. Those distinctions deserve an article of their own.

(LinkedIn: https://www.linkedin.com/pulse/hydro-solar-batteries-triplet-machine-managing-time-space-marcoux-hydye)

The Pivot: Batteries Change the Equation

Today, for peak capacity, new hydropower peaking plants no longer appear fully competitive with batteries. At comparable power capacity, batteries offer lower costs, much shorter deployment timelines, and far greater operational flexibility.

So this is no longer just a technological complement. In some cases, batteries are becoming a credible, and often preferable, alternative to new peaking plants.

For illustration:

  • Tomago (Australia): a 500 MW, 2,000 MWh battery, about A$800 million (? C$750 million), or roughly C$1.5 million per MW installed, with a delivery timeline of about two years.
  • Churchill Falls Expansion (Labrador): a 1,100 MW peaking plant, with an estimated cost of C$4.6 billion including financing, or nearly C$4.2 million per MW, excluding the additional transmission line, relying on the existing reservoir, with commissioning planned for 2035.

At comparable power capacity, the gap is significant: roughly a factor of three in cost per MW, on top of radically different timelines and execution complexity.

The decisive difference, however, lies in how each asset is used. A peaking plant is dispatched for only a few dozen hours per year. A battery, by contrast, is used continuously to arbitrage across time, stabilize the grid, and manage peaks.

That versatility changes the nature of the investment: we move from a specialized asset used only marginally to a multi-purpose asset that is called upon continuously.

Moving Energy Through Time… And Space

In practical terms, the system can work differently.

Outside peak periods, electricity is produced in the north from hydropower, or in the south from solar and wind. That energy is then transported and stored in batteries, particularly near load centres.

During peak periods, that energy is discharged locally.

This mechanism reduces stress on the grid, lowers dependence on peak-oriented infrastructure, and makes better use of existing assets.

It also makes it possible to absorb occasional excess generation, for example, when spring freshets, strong wind output, and strong solar output on mild days occur at the same time. In that case, the energy is stored and redistributed later, when it can be consumed.

A Systemic Effect: Once Installed, Batteries Change Everything

A battery installed for the winter peak does not serve only in cold weather.

It becomes a central system asset:

  • It smooths solar output on a daily basis.
  • It enables arbitrage between off-peak and peak hours.
  • It supports grid frequency and stability.
  • It reduces cycling and wear on turbine-generator sets.

Above all, it makes it possible to reserve hydropower for what it does best: seasonal storage and long-duration management.

That potential, however, can only be fully realized if the whole system is operated in an integrated way. Forecasting hydro inflows, solar and wind output, anticipating demand, coordinating generation, and managing battery charging and discharging cycles: the triplet raises the system’s optimization requirements. This raises the value of more advanced tools, and also opens up relevant uses for artificial intelligence.

Solar: Low-Cost Fuel for the System

Solar plays a key role in the triplet proposed for Québec.

Its strength is twofold: it can be deployed quickly, and it provides low-cost energy. In Australia, installed solar costs have now fallen to levels low enough to change the economics of the power system. Expressed in power terms, they are on the order of C$1.1 to C$1.5 million per MW, while providing additional energy at very low cost.

These costs also reflect a development, installation, and interconnection ecosystem that is now highly mature in Australia. They therefore do not automatically translate to Québec, where solar is still at an early stage. But they do show what becomes achievable as the sector matures.

It is also worth noting that Hydro-Québec has recently taken an important step in this direction, by launching financial support for the purchase of solar panels and setting a target of 125,000 self-generating customers by 2035.

In this architecture, solar produces mostly in summer and, of course, during the day. That energy can be used immediately, shifted within the day thanks to batteries, or indirectly carried forward to winter by reducing hydropower output and allowing more water to be stored in reservoirs.

Solar is, therefore, not just an additional source of generation. It is a low-cost resource whose value can be shifted within the system. It reduces the immediate use of hydropower and increases the value of storing electricity in batteries.

An Illuminating Economic Comparison

This complementarity is also reflected in broad economic orders of magnitude.

We can push the reasoning a bit further with the proposed Gull Island hydro generating station in Labrador. The project targets 2,250 MW, about 12 TWh of dispatchable annual generation, and an estimated cost of C$24.9 billion.

Using, for illustration, a battery cost of about C$1.5 million per MW, an equivalent 2,250 MW of battery capacity would represent about C$3.4 billion. This comparison with battery costs remains imperfect: it captures well the value of daily modulation, but not the full sustained support capability that hydropower plants can provide over several days. Even so, if we attribute that portion of Gull Island’s cost to its power and dispatch function, more than C$21 billion remains to be explained for the energy function. That is a large amount for 12 TWh.

Using reasonable working assumptions inspired by costs observed in Australia, an annual volume of solar energy equivalent to 12 TWh could be deployed for about C$11 to C$14 billion, which would correspond to roughly 9,100 MW installed, based on an approximately 15% capacity factor that can be expected in Québec. About half the cost of Gull Island.

This exercise is not a perfect equivalence. 9,100 MW of solar capacity would be a very large build-out. Gull Island also provides dispatchable output and winter value that solar alone cannot provide. But it highlights an important point: once the flexibility function is isolated, even approximately, the “energy” component of a large hydropower project such as Gull Island appears more expensive than a solar alternative producing the same annual volume.

Hydropower: from Flexible Assets to Strategic Reserve

In this context, the role of hydropower evolves.

It remains essential, but its use becomes more strategic.

Rather than being called on continuously for short-term flexibility, it can be increasingly reserved for:

  • Seasonal management.
  • Prolonged periods of low solar or wind output.
  • System security.

This reduces the mechanical stress associated with frequent cycling and maximizes the value of an asset that already exists.

And Wind?

Wind fits naturally into this logic.

Its output, often higher in winter, is particularly useful in Québec’s context. But, like solar, it increases the value of storing electricity in batteries and of flexibility.

It does not compete with the triplet. It strengthens it. Perhaps we should speak of a quadruplet.

A Different Economic Logic

From an economic and energy planning perspective, the triplet changes the nature of investment.

It makes it possible to substitute some heavy, slow-to-deploy, and lightly used infrastructure with modular, rapidly installed, multi-purpose assets.

It also improves system management and the pacing of investment. Because solar and batteries can be deployed in stages, it becomes easier to slow down or accelerate depending on actual demand growth, cost trends, grid constraints, or energy-efficiency gains.

It also strengthens Hydro-Québec’s arbitrage capacity in neighbouring electricity markets, whose model already relies in part on exporting during peak periods and importing off-peak, in addition to long-term contracts.

Conclusion: a Machine for Travelling Through Time

At heart, the hydro-solar-batteries triplet turns the electricity system into a time travel machine.

It makes it possible to decide when to produce, when to store electricity in batteries, and when to use it.

In a context of uncertainty, growing demand, and deployment constraints, that capability becomes more valuable than the simple addition of capacity.

The issue is, therefore, no longer just producing more. It is better exploiting, across time and space, the electricity we are capable of producing, and extracting more value from it.

References 

Churchill Falls

https://www.ourchapter.ca/fact-sheet

https://www.hydroquebec.com/a/info-labrador

https://www.ourchapter.ca/files/NewfoundlandLabrador-Quebec-MOU-Briefing-Deck-Dec-12-2024.pdf

Australia

https://www.csiro.au/en/research/technology-space/energy/Electricity-transition/GenCost

Le triplet hydro–solaire–batteries : une machine à gérer le temps et l’espace

Le débat énergétique reste souvent enfermé dans une logique simple : si la demande augmente, il faudrait construire davantage de capacité de production, notamment pour répondre aux pointes.

Les efforts d’efficacité énergétique et de sobriété peuvent bien sûr ralentir le rythme d’ajout de nouvelles installations. Mais ils ne changent pas le fond du problème : il faut quand même décider comment organiser le système.

La réponse implicite à l’augmentation de la demande consiste alors à construire de nouvelles centrales et les infrastructures de transport associées. Au Québec, cela renvoie typiquement à de nouveaux projets hydroélectriques d’envergure.

C’est précisément cette logique que le triplet hydro–solaire–batteries invite à revoir. Son intérêt n’est pas seulement d’ajouter des actifs, mais de mieux gérer dans le temps et dans l’espace l’électricité que le système peut produire.

Le présent texte reste volontairement à un niveau systémique. Il n’entre pas dans le détail des différents segments du solaire et des batteries, qu’il s’agisse des installations résidentielles, commerciales, industrielles ou des parcs à grande échelle. Ces distinctions mériteraient un article à part entière.

(LinkedIn : https://www.linkedin.com/pulse/hydro-solar-batteries-triplet-machine-managing-time-space-marcoux-hydye)

Le pivot : les batteries changent l’équation

Aujourd’hui, pour la capacité de pointe, les nouvelles centrales hydroélectriques ne semblent plus pleinement concurrentielles face aux batteries. À puissance comparable, ces dernières offrent des coûts plus faibles, des délais de déploiement beaucoup plus courts et une flexibilité d’usage nettement supérieure.

Il ne s’agit donc plus seulement d’un complément technologique. Dans certains cas, les batteries deviennent une alternative crédible, et souvent préférable, aux nouvelles centrales de pointe.

À titre indicatif :

  • Tomago (Australie) : batterie de 500 MW, 2?000 MWh, environ 800 M$ AUD (? 750 M$ CAD), soit environ 1,5 M$ par MW installé, avec un délai de réalisation de l’ordre de deux ans.
  • Churchill Falls Expansion (Labrador): centrale de pointe de 1?100 MW de puissance, coût estimé de 4,6 G$ CAD (incluant financement), soit près de 4,2 M$ par MW, sans compter la ligne de transport supplémentaire, en s’appuyant sur le réservoir existant, avec une mise en service prévue en 2035.

À puissance comparable, l’écart est significatif : environ un facteur trois sur le coût par MW, auquel s’ajoutent des délais et une complexité de réalisation sans commune mesure.

La différence déterminante tient toutefois à l’usage. Une centrale de pointe est mobilisée pendant quelques dizaines d’heures par année. Une batterie, elle, est utilisée en continu pour arbitrer dans le temps, stabiliser le réseau et gérer les pointes.

C’est cette polyvalence qui change la nature de l’investissement : on passe d’un actif spécialisé, utilisé de façon marginale, à un actif multi-usage, sollicité en permanence.

Déplacer l’énergie dans le temps… et dans l’espace

Concrètement, le système peut fonctionner autrement.

En dehors des pointes, l’électricité est produite au nord à partir de l’hydroélectricité, ou au sud à partir du solaire et de l’éolien. Cette énergie est ensuite transportée et stockée dans des batteries, notamment à proximité des centres de consommation.

En période de pointe, cette énergie est restituée localement.

Ce mécanisme permet de limiter la charge du réseau, de réduire la dépendance à des infrastructures de pointe et de mieux utiliser les actifs existants.

Il permet aussi d’absorber les excédents éventuels de production, par exemple lorsque les crues printanières, une forte production éolienne et une forte production solaire lors de journées clémentes se combinent. Dans ce cas, l’énergie est stockée pour être redistribuée plus tard, lorsque sa consommation est possible.

Un effet systémique : une fois installées, les batteries changent tout

Une batterie installée pour la pointe hivernale ne sert pas seulement par temps froid.

Elle devient un actif central du système :

  • Elle lisse la production solaire au quotidien.
  • Elle permet l’arbitrage entre heures creuses et heures de pointe.
  • Elle soutient la fréquence et la stabilité du réseau.
  • Elle réduit les cycles et l’usure des groupes turboalternateurs.

Surtout, elle permet de réserver l’hydroélectricité à ce qu’elle fait le mieux : le stockage saisonnier et la gestion sur de longues durées.

Ce potentiel ne pourra toutefois être pleinement réalisé que si l’ensemble est piloté de façon intégrée. Prévision des apports hydriques, solaires et éoliens, anticipation de la demande, coordination de la production et des cycles de charge et de décharge des batteries : le triplet accroît les exigences d’optimisation du système. Cela renforce la valeur d’outils de conduite plus sophistiqués, et ouvre aussi la porte à des usages pertinents de l’intelligence artificielle.

Le solaire : un carburant à faible coût pour le système

Le solaire joue un rôle clé dans le triplet proposé pour le Québec.

Sa force est double : il peut être déployé rapidement, et il fournit une énergie peu coûteuse. En Australie, les coûts installés du solaire se situent maintenant à des niveaux suffisamment bas pour changer l’économie du système électrique. Exprimés en puissance, ils sont de l’ordre de 1,1 à 1,5 M$ CAD par MW, tout en fournissant une énergie additionnelle à très faible coût.

Ces coûts reflètent aussi un écosystème de développement, d’installation et de raccordement désormais bien rodé en Australie. Ils ne se transposent donc pas automatiquement au Québec, où le solaire est embryonnaire. Ils montrent toutefois ce qu’il devient possible d’atteindre lorsque la filière gagne en maturité.

Il faut d’ailleurs souligner qu’Hydro-Québec vient de franchir un pas important dans cette direction, avec le lancement d’un appui financier à l’achat de panneaux solaires et un objectif affiché de 125?000 clients autoproducteurs à l’horizon 2035.

Dans cette architecture, le solaire produit surtout en été, et évidemment en journée. Cette énergie peut être utilisée immédiatement, déplacée dans la journée grâce aux batteries, ou indirectement reportée à l’hiver en réduisant la production hydroélectrique et en permettant d’accumuler davantage d’eau dans les réservoirs.

Le solaire n’est donc pas seulement une production additionnelle. C’est une ressource peu coûteuse dont la valeur peut être déplacée dans le système. Elle réduit l’usage immédiat de l’hydroélectricité et accroît la valeur du stockage dans des batteries.

Une comparaison économique éclairante

Cette complémentarité se reflète aussi dans les ordres de grandeur économiques.

On peut pousser le raisonnement un peu plus loin avec la centrale proposée de Gull Island, au Labrador. Le projet vise 2?250 MW, une production annuelle pilotable d’environ 12 TWh et un coût estimé de 24,9 G$.

Si l’on retient, à titre indicatif, un coût de batterie d’environ 1,5 M$ par MW, une capacité équivalente de 2?250 MW représenterait environ 3,4 G$. Cette comparaison avec le coût des batteries reste imparfaite : elle capture bien la valeur de la modulation quotidienne, mais non toute la capacité de soutien prolongé qu’un aménagement hydroélectrique peut fournir sur plusieurs jours. Malgré tout, en attribuant cette portion du coût de Gull Island à sa fonction de puissance et de pilotage, il resterait plus de 21 G$ à expliquer pour la fonction énergie. C’est beaucoup pour 12 TWh.

Avec des hypothèses de travail raisonnables inspirées des coûts observés en Australie, un volume annuel d’énergie solaire équivalent à 12 TWh pourrait être déployé pour un coût de l’ordre de 11 à 14 G$, ce qui correspondrait à environ 9?100 MW installés, sur la base d’un facteur d’utilisation d’environ 15 % auquel on peut s’attendre au Québec. Presque la moitié de Gull Island. 

L’exercice n’est pas une équivalence parfaite. Une capacité solaire de 9?100 MW représente un volume considérable. Gull Island apporte aussi une production pilotable et une valeur hivernale que le solaire n’offre pas à lui seul. Mais il met en évidence un point important : une fois isolée, même approximativement, de sa fonction de flexibilité, la composante «?énergie?» d’un grand projet hydroélectrique comme Gull Island apparaît plus coûteuse qu’une alternative solaire produisant le même volume annuel.

L’hydroélectricité : d’actif flexible à réserve stratégique

Dans ce contexte, le rôle de l’hydro évolue.

Elle demeure essentielle, mais son utilisation devient plus stratégique.

Plutôt que d’être sollicitée en continu pour la flexibilité de court terme, elle peut être davantage réservée à :

  • la gestion saisonnière.
  • Les périodes prolongées de faible production solaire ou éolienne.
  • La sécurité du système.

Cela réduit les contraintes mécaniques liées aux cycles fréquents et maximise la valeur d’un actif déjà en place.

Et l’éolien??

L’éolien s’intègre naturellement à cette logique.

Sa production, souvent plus importante en hiver, est particulièrement utile dans le contexte québécois. Mais, comme le solaire, il accroît la valeur du stockage dans des batteries et de la flexibilité.

Il ne s’oppose pas au triplet. Il en renforce la pertinence. Peut-être devrait-on parler de quadruplet. 

Une logique économique différente

Sur le plan économique et de planification énergétique, le triplet change la nature des investissements.

Il permet de substituer une partie des infrastructures lourdes, longues à déployer et faiblement utilisées, par des actifs modulaires, rapides à installer et multi-usages.

Il améliore aussi le pilotage du système et du rythme d’investissement. Parce que le solaire et les batteries peuvent être déployés par étapes, il devient plus facile de ralentir ou d’accélérer selon l’évolution réelle de la demande, des coûts, des contraintes réseau ou des gains d’efficacité énergétique.

Il renforce aussi la capacité d’arbitrage d’Hydro-Québec sur les marchés voisins de l’électricité, dont le modèle repose déjà en partie sur l’exportation en période de pointe et l’importation hors pointe, en complément de contrats à long terme.

Conclusion : une machine à voyager dans le temps

Au fond, le triplet hydro–solaire–batteries transforme le système électrique en une machine à voyager dans le temps.

Il permet de décider quand produire, quand stocker l’électricité dans des batteries et quand l’utiliser.

Dans un contexte d’incertitude, de croissance de la demande et de contraintes de déploiement, cette capacité devient plus précieuse que la simple addition de capacité.

L’enjeu n’est donc plus seulement de produire plus. Il est de mieux exploiter, dans le temps et dans l’espace, l’électricité que nous sommes capables de produire, et d’en extraire davantage de valeur.

Références 

Churchill Falls

https://www.ourchapter.ca/fact-sheet

https://www.hydroquebec.com/a/info-labrador

https://www.ourchapter.ca/files/NewfoundlandLabrador-Quebec-MOU-Briefing-Deck-Dec-12-2024.pdf

Australie

https://www.csiro.au/en/research/technology-space/energy/Electricity-transition/GenCost

Solar in Québec: Catching Up

It is good to see Hydro?Québec finally supporting the expansion of solar.

Since March 31, 2026, Hydro Québec has been offering a subsidy for solar panels, with a target of 125,000 prosumers. Today, there are roughly 1,000. This signal is critical to kick-start a market.

But let’s be clear: this is catch-up.

(LinkedIn: https://www.linkedin.com/pulse/solar-qu%25C3%25A9bec-catching-up-benoit-marcoux-t6wse/)

A debate already settled elsewhere

Fifteen years ago, at Hydro One, I worked on business modelling for the smart grid transformation.

At the time:

  • More than 25,000 residential and commercial PV installations were already in place.
  • Utility-scale solar plants were connected directly to the distribution grid.

What Québec is now beginning to consider was already being deployed elsewhere more than a decade ago.

A Clear Global Trajectory

Solar is now the fastest-growing source of electricity worldwide. Including in regions comparable to Québec.

Take Sweden:

  • Similar population.
  • Further north.
  • Lower level of final electrification.

By the end of 2025: ~5.4 GW of solar generation installed.

That is the same order of magnitude as what Québec projects in its integrated energy system plan (PGIRE)… for 2050.

And Sweden is still accelerating by simplifying permitting.

The message is clear: solar is not marginal. It is structural.

The Australian Example

To understand the gap, look at a market that has already gone through this phase.

Australia shares several characteristics with Canada: large territory, abundant resources, a developed economy, and a historically centralized power system.

Useful reference: GenCost 2025–26 (CSIRO).

Today, before subsidies:

  • Utility scale: ~AUD 1,600/kW (~CAD 1,500/kW), going down to $ 1,000 by 2035.
  • Rooftop: ~AUD 1,200/kW (~CAD 1,100/kW), approaching $ 1,000 by 2035.

Approaching $1/W, before subsidies. Surprisingly, rooftop solar is cheaper to build per kW, although annual generation (kWh/kW) is better for larger, better-optimized solar farms.

Why these costs in Australia?

  • Global industrialization of modules.
  • Standardization.
  • Repetition.
  • Installation ecosystem.
  • Volume.

Solar is modular: the more you build, the simpler and cheaper it gets.

A large share of costs is local (installation, engineering, permitting). These decline with experience.

In Canada/Québec: ~1.6 to $3.0/W, with rooftop more expensive.

This is not structural.

It is an ecosystem gap.

A Misunderstood Difference

The key factor is speed.

Solar is built in weeks or months for customer installations, or a couple of years for large-scale projects. Major hydro projects take 10–15 years.

With the same technology, installation is broadly comparable across geographies, even if slowed in winter. Sunshine and climate are often cited. They are not the main issue.

The real difference:

  • Australia has been building for 15 years.
  • Québec is just starting.

Solar is not cheap where there is more sun. It is cheap where it is actually deployed.

Underestimated Advantages

Solar complements hydro: distributed production, predictable costs, and contribution during cold. Coupled with batteries, it reduces pressure on turbines and peak demand, especially as the coldest days are usually sunny.

Hydro: multi-year hydrological risk. Solar/wind: short-term variability, but relatively stable year-to-year.

The key difference is the risk profile.

A large project:

  • Locks in capital and land for decades.
  • Often faces opposition.
  • Is difficult to adjust.

Solar:

  • Is deployed incrementally.
  • Can be adjusted quickly.
  • Coexists with other uses.

Result: better social acceptability and, more importantly, much greater flexibility.

In mid-transition, this creates optionality.

With small, fast projects, you can slow down, stop, or resize without major sunk costs. Mistakes are cheaper. Large projects concentrate risk.

In an uncertain environment, this becomes a strategic advantage.

What This Implies

Solar is also an industrial project: installation, engineering, grid integration, partial manufacturing. Deployment builds capabilities and companies locally, creating value here.

Three takeaways:

  • Solar is not experimental. It is already deployed at scale.
  • Costs depend on volume and on the ecosystem built through experience.
  • The constraint is institutional and organizational, not technological.

What Next?

Québec can catch up quickly, provided we do what worked elsewhere:

  • Move from pilots to sustained, predictable programs.
  • Simplify and standardize.
  • Learn by deploying.
  • Treat solar as a normal component of the system.

The tipping point is simple: When treated as an industry, solar becomes competitive.

That is what Australia did.

That is what Québec now needs to do.

Le solaire au Québec : rattraper un retard

Il est bon de voir Hydro Québec soutenir enfin l’expansion du solaire.

Depuis le 31 mars 2026, Hydro?Québec offre une subvention à l’achat de panneaux solaires, avec un objectif de 125?000 autoproducteurs. Aujourd’hui, on en compte environ 1?000. Ce signal est déterminant pour enclencher un marché.

Mais soyons clairs : nous sommes en rattrapage.

(LinkedIn: https://www.linkedin.com/article/edit/7445545317015531520/)

Un débat déjà dépassé ailleurs

Il y a 15 ans, chez Hydro One, j’ai fait le modèle d’affaires pour la transformation «?smart grid?».

À l’époque déjà :

  • Plus de 25?000 installations PV résidentielles et commerciales.
  • Des parcs solaires raccordés directement au réseau de distribution.

Ce que le Québec commence à envisager aujourd’hui était déjà en déploiement ailleurs il y a plus d’une décennie.

Une trajectoire mondiale sans ambiguïté

Le solaire est désormais la source d’électricité qui croît le plus rapidement. Y compris dans des régions comparables au Québec.

En Suède :

  • Population similaire.
  • Plus au nord.
  • Électrification finale plus faible.

Fin 2025 : ~5,4 GW de solaire installés.

C’est du même ordre de grandeur que ce que le Québec projette dans le PGIRE… pour 2050.

Et la Suède accélère encore en simplifiant les autorisations.

Le message est simple : le solaire n’est pas marginal. C’est structurel.

L’exemple australien

Pour comprendre l’écart, regardons un marché qui a déjà traversé cette phase.

L’Australie ressemble au Canada à plusieurs égards : vaste territoire, ressources abondantes, économie développée, système historiquement centralisé.

Référence utile : GenCost 2025 26 (CSIRO).

Aujourd’hui, avant subventions :

  • Parc solaire : ~1?600 $AUD/kW (~1?500 $CAD), tendant vers 1?000 $ en 2035.
  • Sur toiture : ~1?200 $AUD/kW (~1?100 $CAD), approchant 1000 $ en 2035.

On s’approche de 1 $/W, avant subventions. Fait surprenant : le solaire en toiture est moins cher à construire par kW, quoique la production annuelle (kWh/kW) soit meilleure pour les grands parcs solaires, mieux optimisés.

Pourquoi ces coûts en Australie??

  • Industrialisation mondiale des modules.
  • Standardisation.
  • Répétition.
  • Écosystème d’installation.
  • Volume.

Le solaire est modulaire : plus on en construit, plus ça devient simple et moins coûteux.

Une part importante des coûts est locale (installation, ingénierie, permis). Et ils baissent avec l’expérience.

Au Canada/Québec : ~1,6 à 3,0 $/W, le solaire en toiture étant plus cher.

Ce n’est pas structurel.

C’est un écart d’écosystème.

Une différence mal comprise

Le facteur clé est la vitesse.

Le solaire se construit en semaines ou mois pour les installations chez les clients, ou deux ou trois ans pour les parc de grande taille. Les grands ouvrages hydroélectriques prennent 10 à 15 ans.

À technologie identique, l’installation en Australie ou au Canada est comparable, même si ralentie en hiver. On invoque souvent l’ensoleillement ou le climat. Ce n’est pas l’essentiel.

La vraie différence :

  • L’Australie construit depuis 15 ans.
  • Le Québec démarre.

Le solaire n’est pas cher là où il fait moins soleil. Il est cher là où on ne le déploie pas.

Des avantages sous-estimés

Le solaire complète l’hydro : production distribuée, coûts prévisibles. Couplé aux batteries, il réduit la pression sur les turbines et les pointes, surtout que les journées froides sont généralement ensoleillées.

Hydro : risque hydrologique pluriannuel. Solaire/éolien : variabilité de court terme, stabilité relative d’une année à l’autre.

La différence clé est le profil de risque.

Un grand projet :

  • Immobilise du capital et du territoire pour des décennies.
  • Suscite souvent de l’opposition.
  • Est difficile à ajuster.

Le solaire :

  • Se déploie par incréments.
  • S’ajuste rapidement.
  • Coexiste avec d’autres usages.

Conséquence : meilleure acceptabilité et surtout plus de flexibilité.

En mi?transition, cela donne de l’optionalité.

Avec des projets petits et rapides, on peut ralentir, arrêter ou redimensionner sans coûts irrécupérables majeurs. Les erreurs coûtent moins cher. Les grands projets, eux, concentrent les risques.

Dans un contexte incertain, c’est un avantage stratégique.

Ce que cela implique

Le solaire est aussi un projet industriel : installation, ingénierie, intégration réseau, fabrication partielle. Le déploiement crée des compétences et des entreprises qui créent de la valeur ici.

Trois points :

  • Le solaire n’est pas expérimental. C’est déjà déployé à grande échelle.
  • Les coûts dépendent du volume et de l’écosystème construit avec l’expérience.
  • Le frein est institutionnel et organisationnel, pas technologique.

Et maintenant??

Le Québec peut rattraper rapidement, à condition de faire ce qui marche ailleurs :

  • Passer des pilotes à un programme soutenu et prévisible.
  • Simplifier et standardiser.
  • Apprendre en déployant.
  • Intégrer le solaire comme une composante normale du système.

Le point de bascule est simple : Traité comme une industrie, le solaire devient compétitif.

C’est ce que l’Australie a fait.

C’est ce que le Québec doit faire.