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Ce que l’iPhone nous apprend sur l’avenir énergétique

(LinkedIn : https://www.linkedin.com/pulse/ce-que-liphone-nous-apprend-sur-lavenir-%25C3%25A9nerg%25C3%25A9tique-benoit-marcoux-azlmf/?lipi=urn%3Ali%3Apage%3Ad_flagship3_pulse_read%3BSazXN8KQQDOom3nyaHLtgg%3D%3D)

Du monopole au mobile : la leçon de l’iPhone

En 2007, l’iPhone n’était pas simplement un nouveau téléphone. Il a bouleversé le modèle établi des télécommunications. À l’époque, les opérateurs mobiles contrôlaient presque tout : les appareils autorisés, les fonctions activées, les services proposés. Les téléphones étaient verrouillés, bridés, alignés sur la vision de l’opérateur.

Les fabricants traditionnels de téléphones cellulaires, confortablement installés dans un équilibre stable avec les opérateurs, ont aussi fait les frais de l’arrivée de l’iPhone. Leur modèle d’affaires reposait sur des appareils standardisés, conçus selon les exigences des opérateurs, peu évolutifs, mais vendus en masse. L’innovation logicielle n’était pas une priorité, tant que les volumes suivaient.

L’iPhone a mis fin à ce statu quo. Incapables de suivre le virage logiciel et l’émergence de plateformes applicatives, plusieurs géants comme Nokia, BlackBerry ou Motorola ont vu leur position s’effondrer. L’interface intuitive, l’écosystème d’applications et l’intégration verticale d’Apple ont redéfini les attentes des utilisateurs et déplacé le centre de gravité vers l’expérience client. Google, avec Android, a poursuivi dans cette voie avec une approche plus ouverte, mais tout aussi centrée sur l’utilisateur.

L’App Store a consolidé cette révolution. En ouvrant une plateforme aux développeurs tiers, Apple a déclenché une explosion d’innovations. Les applications sont devenues le point d’ancrage de l’expérience numérique. Les opérateurs, autrefois maîtres du contenu, ont été relégués au rôle de simples fournisseurs de connectivité. La valeur s’est déplacée vers les plateformes logicielles et les services.

Pour les constructeurs automobiles, l’enjeu est similaire. Restreindre les usages, garder un contrôle exclusif sur l’expérience ou brider les interactions avec les systèmes énergétiques revient à ignorer une dynamique déjà à l’œuvre. Ceux qui permettront aux utilisateurs de devenir pleinement acteurs d’un nouvel écosystème énergétique, fluide et personnalisable, auront une longueur d’avance.

Le V2G, ou comment redonner du pouvoir aux usagers

Aujourd’hui, un évènement iPhone se prépare dans le monde de l’énergie.

Les véhicules électriques sont des batteries sur roues. Avec le V2G (Vehicle-to-Grid), ils peuvent faire plus que consommer : ils peuvent stocker, redistribuer, équilibrer. L’utilisateur devient acteur du réseau, producteur, gestionnaire, partenaire.

Mais encore faut-il que les constructeurs automobiles le permettent, ce qui est loin d’être la norme. Quelques projets pilotes existent. En Australie, la Nissan Leaf a été testée dans des initiatives comme REVS, mais l’adoption reste marginale, freinée par la complexité réglementaire, les exigences des réseaux et la prudence des constructeurs. D’autres exemples, comme Renault avec Mobilize et The Mobility House en France, ou GM avec PG&E en Californie, relèvent de configurations fermées, limitées à des accords bilatéraux entre un constructeur et un fournisseur d’énergie.

Cela rappelle le monde des téléphones cellulaires avant l’iPhone : des appareils conçus pour des systèmes fermés (plus encore en Amérique du Nord qu’en Europe), verrouillés par des ententes commerciales, et rarement compatibles entre eux. Tant que cette logique perdure, l’innovation à grande échelle — ouverte, interopérable, centrée sur l’utilisateur — ne pourra émerger. Les constructeurs automobiles risquent alors de connaître le sort des géants déchus des équipements de télécoms. Ce sont peut-être, aujourd’hui, les BlackBerry de demain.

Les compagnies d’électricité, historiquement maîtres d’un réseau centralisé, doivent elles aussi s’adapter. Face à des ressources distribuées, mobiles et autonomes, elles devront réinventer leur rôle. Comme les opérateurs télécoms hier, elles devront passer du contrôle à l’orchestration.

Une nouvelle ère énergétique

Ce nouveau système énergétique ne pourra reposer uniquement sur le modèle pavillonnaire — un foyer unifamilial équipé d’un véhicule électrique, de panneaux solaires et, peut-être, d’une batterie résidentielle. Il devra aussi fonctionner dans des environnements urbains denses : immeubles à logements multiples, tours à bureaux, stationnements partagés. Le V2G devra s’y adapter avec des solutions mutualisées, intelligentes et intégrées à la gestion collective de l’énergie.

Tout comme l’iPhone a déclenché une vague d’innovation — applications, nouveaux modèles d’affaires, paiements mobiles — il a aussi transformé toute une industrie. Des fabricants de téléphones ont disparu, incapables de suivre. Parallèlement, les télécoms ont explosé : croissance du trafic de données, diversification des services, émergence de nouveaux acteurs.

Le V2G pourrait provoquer une mutation comparable dans le monde de l’énergie. Et, contrairement à de nombreux programmes dictés par les compagnies d’électricité ou soutenus par des subventions publiques, cette transformation pourrait être portée — et financée — par les consommateurs eux-mêmes, comme ce fut le cas pour l’iPhone. Ce sont les usagers qui, en adoptant massivement ces technologies, pourraient en accélérer l’avènement.

Pour les fabricants automobiles, cela signifie repenser le véhicule comme une plateforme énergétique. Les clients V2G auront souvent des panneaux solaires et voudront maximiser leur autoconsommation, ce qui exige une intégration fluide entre voiture, maison et réseau. Cela implique des fonctions logicielles avancées, des partenariats ouverts, une gestion optimisée des batteries. Ceux qui offriront une expérience fluide, sécuritaire et économique prendront une longueur d’avance. Les premiers fabricants d’automobiles à intégrer le V2G concrètement auront un avantage compétitif décisif, en capturant une part stratégique du marché et en imposant leurs standards.

Pour les compagnies d’électricité, le défi est tout aussi stratégique. Elles devront gérer des millions d’actifs énergétiques mobiles qu’elles ne possèdent pas. Il leur faudra des outils d’orchestration, des modèles tarifaires dynamiques et une capacité d’interaction avec des plateformes tierces. Le V2G accélérera la transition vers un réseau plus décentralisé, plus flexible, plus intelligent.

Des entreprises traditionnelles devront repenser leur modèle. De nouveaux acteurs plus agiles apparaîtront : dans les technologies, les services résidentiels, la gestion de l’énergie.

Comme l’App Store l’a fait pour le mobile, le V2G pourrait ouvrir la voie à des plateformes énergétiques ouvertes. Des tiers viendraient y offrir des services novateurs : optimisation tarifaire, stockage partagé, automatisation domotique, agrégation de batteries. L’utilisateur, d’abord simple consommateur d’électricité, deviendrait le pivot d’un écosystème riche, personnalisé et décentralisé.

Les défis sont nombreux — techniques, réglementaires, culturels — mais le mouvement est lancé. Et comme pour AT&T et Rogers à l’époque, ceux qui s’adapteront tôt pourraient bien en sortir gagnants.

What the iPhone Teaches Us About the Future of Energy

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From monopoly to mobility: the iPhone lesson

In 2007, the iPhone was more than just a new phone. It upended the established telecommunications model. At the time, mobile carriers controlled nearly everything: approved devices, enabled features, and available services. Phones were locked down, restricted, aligned with the carriers’ vision.

Traditional cellphone manufacturers, comfortably entrenched in a stable arrangement with carriers, were also caught off guard by the iPhone’s arrival. Their business model relied on standardized devices built to carrier specs, not particularly innovative, but sold at scale. Software innovation wasn’t a priority as long as the volumes were there.

The iPhone broke that equilibrium. Unable to pivot quickly to software-centric platforms, several giants like Nokia, BlackBerry, and Motorola saw their dominance collapse. Apple’s intuitive interface, app ecosystem, and vertical integration redefined user expectations and shifted the focus to customer experience. Google followed up with Android, pursuing a more open approach but still centred on user empowerment.

The App Store solidified this revolution. By opening a platform to third-party developers, Apple triggered an explosion of innovation. Apps became the cornerstone of the digital experience. Carriers, once the gatekeepers of mobile services, were relegated to simple connectivity providers. Value shifted decisively toward software platforms and services.

The stakes are similar for automakers today. Restricting usage, keeping tight control over the user experience, or limiting interactions with energy systems ignore a shift already underway. Those who empower users to become active participants in a fluid, customizable energy ecosystem will gain a decisive edge.

V2G: returning power to the users

Today, an iPhone moment is brewing in the energy sector.

Electric vehicles are batteries on wheels. With V2G (Vehicle-to-Grid), they can do more than consume — they can store, redistribute, and balance energy. The user becomes an actor in the grid: producer, manager, and partner.

But this will only happen if automakers allow it — which is far from the norm. A few pilot projects exist. In Australia, the Nissan Leaf has been trialled in initiatives like REVS, but adoption remains marginal due to regulatory complexity, utility requirements, and manufacturer caution. Other examples — Renault with Mobilize and The Mobility House in France, GM with PG&E in California — are based on closed configurations, limited to bilateral agreements between one automaker and one utility.

This mirrors the mobile world before the iPhone: devices designed for closed systems (especially in North America), locked down by commercial agreements, and rarely interoperable. As long as this logic persists, large-scale innovation — open, interoperable, user-driven — cannot emerge. Automakers risk the same fate as the fallen telecom equipment giants. They may well be today’s BlackBerrys.

Electric utilities, long accustomed to central control, must also evolve. Faced with distributed, mobile, and autonomous resources, they will have to rethink their role. Like telecom operators before them, they must move from control to orchestration.

A New Energy Era

This new energy system cannot rely solely on the single-family home model — one house with an EV, solar panels, and perhaps a home battery. It must also work in denser urban settings: multi-unit buildings, office towers and shared parking lots. V2G will need to adapt to these environments through shared, intelligent, and integrated energy management solutions.

Just as the iPhone launched a wave of innovation — apps, new business models, mobile payments — it also transformed an entire industry. Some handset makers disappeared, unable to keep up. Meanwhile, telecom boomed: data usage soared, services diversified, new players emerged.

V2G could trigger a similarly profound shift in the energy sector. And unlike many programs dictated by utilities or supported by public subsidies, this transformation could be driven — and paid for — by the consumers themselves, just as it was with the iPhone. It is user adoption that could accelerate this revolution.

For automakers, this means rethinking the vehicle as an energy platform. V2G customers will often have solar panels and want to maximize self-consumption, which requires seamless integration between car, home, and grid. That demands advanced software, open partnerships, and optimized battery management. Those who deliver a smooth, secure, cost-effective experience will gain the upper hand. The first carmakers to implement V2G meaningfully will secure a strategic lead and set the standards for others.

For utilities, the challenge is just as strategic. They will need to manage millions of mobile energy assets they do not own. That calls for orchestration tools, dynamic pricing models, and the ability to interact with third-party platforms. V2G will accelerate the shift toward a more decentralized, flexible, and intelligent grid.

Traditional players will need to rethink their models. New, more agile entrants will emerge — in tech, home energy services, and distributed energy management.

As the App Store did for mobile, V2G could pave the way for open energy platforms. Third parties could offer new services: smart charging, shared storage, home automation, battery aggregation. The user — once a passive electricity consumer — would become the focal point of a dynamic, personalized, and decentralized ecosystem.

The challenges are real — technical, regulatory, cultural — but the shift has begun. And just like AT&T and Rogers in the early iPhone days, those who adapt early may be the ones who win.