Le solaire au Québec : rattraper un retard

Il est bon de voir Hydro Québec soutenir enfin l’expansion du solaire.

Depuis le 31 mars 2026, Hydro?Québec offre une subvention à l’achat de panneaux solaires, avec un objectif de 125?000 autoproducteurs. Aujourd’hui, on en compte environ 1?000. Ce signal est déterminant pour enclencher un marché.

Mais soyons clairs : nous sommes en rattrapage.

(LinkedIn: https://www.linkedin.com/article/edit/7445545317015531520/)

Un débat déjà dépassé ailleurs

Il y a 15 ans, chez Hydro One, j’ai fait le modèle d’affaires pour la transformation «?smart grid?».

À l’époque déjà :

  • Plus de 25?000 installations PV résidentielles et commerciales.
  • Des parcs solaires raccordés directement au réseau de distribution.

Ce que le Québec commence à envisager aujourd’hui était déjà en déploiement ailleurs il y a plus d’une décennie.

Une trajectoire mondiale sans ambiguïté

Le solaire est désormais la source d’électricité qui croît le plus rapidement. Y compris dans des régions comparables au Québec.

En Suède :

  • Population similaire.
  • Plus au nord.
  • Électrification finale plus faible.

Fin 2025 : ~5,4 GW de solaire installés.

C’est du même ordre de grandeur que ce que le Québec projette dans le PGIRE… pour 2050.

Et la Suède accélère encore en simplifiant les autorisations.

Le message est simple : le solaire n’est pas marginal. C’est structurel.

L’exemple australien

Pour comprendre l’écart, regardons un marché qui a déjà traversé cette phase.

L’Australie ressemble au Canada à plusieurs égards : vaste territoire, ressources abondantes, économie développée, système historiquement centralisé.

Référence utile : GenCost 2025 26 (CSIRO).

Aujourd’hui, avant subventions :

  • Parc solaire : ~1?600 $AUD/kW (~1?500 $CAD), tendant vers 1?000 $ en 2035.
  • Sur toiture : ~1?200 $AUD/kW (~1?100 $CAD), approchant 1000 $ en 2035.

On s’approche de 1 $/W, avant subventions. Fait surprenant : le solaire en toiture est moins cher à construire par kW, quoique la production annuelle (kWh/kW) soit meilleure pour les grands parcs solaires, mieux optimisés.

Pourquoi ces coûts en Australie??

  • Industrialisation mondiale des modules.
  • Standardisation.
  • Répétition.
  • Écosystème d’installation.
  • Volume.

Le solaire est modulaire : plus on en construit, plus ça devient simple et moins coûteux.

Une part importante des coûts est locale (installation, ingénierie, permis). Et ils baissent avec l’expérience.

Au Canada/Québec : ~1,6 à 3,0 $/W, le solaire en toiture étant plus cher.

Ce n’est pas structurel.

C’est un écart d’écosystème.

Une différence mal comprise

Le facteur clé est la vitesse.

Le solaire se construit en semaines ou mois pour les installations chez les clients, ou deux ou trois ans pour les parc de grande taille. Les grands ouvrages hydroélectriques prennent 10 à 15 ans.

À technologie identique, l’installation en Australie ou au Canada est comparable, même si ralentie en hiver. On invoque souvent l’ensoleillement ou le climat. Ce n’est pas l’essentiel.

La vraie différence :

  • L’Australie construit depuis 15 ans.
  • Le Québec démarre.

Le solaire n’est pas cher là où il fait moins soleil. Il est cher là où on ne le déploie pas.

Des avantages sous-estimés

Le solaire complète l’hydro : production distribuée, coûts prévisibles. Couplé aux batteries, il réduit la pression sur les turbines et les pointes, surtout que les journées froides sont généralement ensoleillées.

Hydro : risque hydrologique pluriannuel. Solaire/éolien : variabilité de court terme, stabilité relative d’une année à l’autre.

La différence clé est le profil de risque.

Un grand projet :

  • Immobilise du capital et du territoire pour des décennies.
  • Suscite souvent de l’opposition.
  • Est difficile à ajuster.

Le solaire :

  • Se déploie par incréments.
  • S’ajuste rapidement.
  • Coexiste avec d’autres usages.

Conséquence : meilleure acceptabilité et surtout plus de flexibilité.

En mi?transition, cela donne de l’optionalité.

Avec des projets petits et rapides, on peut ralentir, arrêter ou redimensionner sans coûts irrécupérables majeurs. Les erreurs coûtent moins cher. Les grands projets, eux, concentrent les risques.

Dans un contexte incertain, c’est un avantage stratégique.

Ce que cela implique

Le solaire est aussi un projet industriel : installation, ingénierie, intégration réseau, fabrication partielle. Le déploiement crée des compétences et des entreprises qui créent de la valeur ici.

Trois points :

  • Le solaire n’est pas expérimental. C’est déjà déployé à grande échelle.
  • Les coûts dépendent du volume et de l’écosystème construit avec l’expérience.
  • Le frein est institutionnel et organisationnel, pas technologique.

Et maintenant??

Le Québec peut rattraper rapidement, à condition de faire ce qui marche ailleurs :

  • Passer des pilotes à un programme soutenu et prévisible.
  • Simplifier et standardiser.
  • Apprendre en déployant.
  • Intégrer le solaire comme une composante normale du système.

Le point de bascule est simple : Traité comme une industrie, le solaire devient compétitif.

C’est ce que l’Australie a fait.

C’est ce que le Québec doit faire.